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06/06/2007

Pour vivre heureux, vivons cachés

Le monde que j'ai eu l'occasion de découvrir grâce au diagnostic tardif de HQI a été pour moi plein de surprises et d'enseignement. La façon dont ce monde communique avec l'extérieur peut sembler bizarre de prime abord mais ça s'explique.

En ce qui me concerne, l'annonce publique des résultats de mon test était quelque chose que j'eus conscience de ne pas prendre à la légère. Tout d'abord, il y a eu le contact avec mes proches. N'ayant pas baigné dans une culture élitiste ou dans un environnement ayant quelque propension à l'Excellence, j'ai pris soin de bien mûrir la façon avec laquelle j'allais les mettre au courant. Bien sûr, quelques témoignages glanés çà et là sur la toile m'ont aidé à réaliser les risques que cela peut me faire courir de le hurler sur tous les toits. Il y avait notamment cette dame qui déplorait le fait d'avoir perdu toutes ses amies après avoir longuement arrosé toutes les conversations de propos élogieux au sujet de ses enfants qui avait tous été diagnostiqués HQI. Sa fierté bien légitime avait été mal interprétée par ses semblables et l'envie ou la jalousie les avaient fait se détourner de cette vilaine prétentieuse.

Cela semble logique quand on y pense : qu'est-ce qu'on désire le plus au monde pour soi, pour ses enfants ou pour son partenaire? La beauté, l'intelligence et la richesse (ou le succès). Ce sont les trois attributs de la réussite sociale qui semblent être des catalyseurs de bonheur dont tout le monde a envie de pouvoir profiter. Lorsque vous avez quelqu'un d'extrêmement beau qui se ballade dans votre entourage, exhibant de manière ostentatoire ce que la nature lui a donné de meilleur, cela suscite immédiatement des tensions vis-à-vis des gens ordinaires alentours. L'intelligence, qui figure également dans le top3 peut potentiellement produire le même effet, mis à part qu'elle ne se voit pas de l'extérieur. Donc, le mieux quand on doute de son entourage, on ferme sa gu... ! C'est ce que je faisais avant, préférant passer pour un imbécile, mais je n'étais rien de moins qu'un HQI qui s'ignorait. Maintenant que je le sais, c'est pénible à garder comme secret.

Cependant, l'annonce sélective des résultats a été l'occasion de tester mon entourage. Mes proches parents n'ont absolument pas été étonnés de la chose. J'eu plaisir à réaliser qu'ils me connaissaient plus que je ne me l'imaginais. Globalement, mes meilleurs amis s'écriaient "ça ne m'étonne pas. Chaque fois qu'on a un problème, on sait que quand on t'en parle, tu as toujours une bonne solution à proposer, etc." D'autres ont mal réagi, avec des propos du style : "ah ouais, t'es fier ? Maintenant tu vas pouvoir te prendre pour le nombril du monde! Tu voudras sans doute plus te montrer en présence de cons comme nous, etc.". Leur présence ne me manque pas. Probablement parce que ce qui les a poussé à réagir de la sorte était justement ce qui faisait qu'on ne pouvait s'apprécier mutuellement. La sélection est faite.

Reste plus qu'à affronter les autres HQI, ceux qui se sont regroupés en association. Globalement, c'est le meilleur endroit pour en rencontrer, parce qu'à 2% de la population, vous n'en croisez pas des masses dans la rue et comme ce n'est pas écrit sur le visage, on en loupe pas mal. Donc, je me fais membre, pour voir de quoi ça a l'air. Peut-être que j'y trouverais des gens qui ont vécu les mêmes choses que moi? Ou alors ce sont des HQI fiers de l'être qui se regroupent justement pour ne pas se mélanger aux Moldus afin de se distinguer de la bêtise humaine; Ils sont le gratin, Ils ne font pas partie du même monde, Ils sont l'élite, les autres sont des sous-crottes. Non, il faut que j'arrête de raisonner comme ceux qui on mal pris le fait d'apprendre que j'en faisait partie. Je ne suis pas comme ça, pour quelles raisons les autres le seraient ? Si tel était le cas, le seul moyen d'en être certain était d'aller me rendre compte sur place. Je m'avisais donc de leur prochaine date de rencontre.

Ma première réunion Mensa.

Car c'est bien d'eux qu'il s'agit. Réunion mensuelle de l'association à Bruxelles, au premier étage d'un café de Koekelberg. Stress et angoisse avant l'heure. Plusieurs fois, j'eus envie de tourner les talons et de reporter au mois prochain. Mais bon, si ça se passe mal, je me disais que je pourrais toujours m'enfuir en courant et ne plus jamais donner signe de vie. C'était comme la dernière étape de l'intronisation de ma nouvelle vie. Je venais d'apprendre quel genre d'individu j'étais, je l'avais annoncé autour de moi, maintenant il fallait que je voie quelles espèces d'individus composaient le groupe auquel j'étais sensé appartenir. 

En arrivant devant la salle du haut, je vis la porte ouverte, quelques individus d'un âge avancé mais pas encore pensionnés étaient attablés en train de papoter. J'entre, je me présente. Ils me saluent tous et me souhaitent bienvenue avec des sourires sympathiques. Moi qui m'attendais à tomber dans une arène où je serais sur les feux de la rampe, comme quand j'étais le petit nouveau à l'école, j'en étais pour mes frais. Tout de suite, je me suis senti à l'aise. Une aisance inexplicable. Ce n'étaient pas des gens beaux, pas l'air si intelligents que ça, pas extrêmement bien habillés et ne s'exprimant pas avec du vocabulaire tape-à-l'oeil. Rien de tout ce qu'on en dit à l'extérieur. Par contre, ils se lâchent. Tout ce qu'ils se retiennent de faire à l'extérieur, ils se le permettent ici et ça ne choque pas. Conversations à 100 à l'heure, passant sans cesse du coca light, jeux de mots dans tous les sens et sujets variés. Des conversations qu'on ne peut pas avoir avec tout le monde, qui vont parfois très loin, tellement loin qu'on ne voit plus où on voulait en venir. Plein de gens très chouettes qui, comme moi, se sont forgés une culture générale bien fournie et variée, le plus souvent dans des domaines différents. On parle, on écoute, on apprend, on partage. En somme, ils n'ont rien de très différent d'un autre groupe social, si ce n'est que dans celui-là, il ne m'a pas été difficile de me faire des amis. Des gens qui me ressemblaient dans leur façon de penser, de raisonner, de parler,... Ca m'a fait beaucoup de bien, je ne me sentais plus du tout seul au monde ou incompris. Je me sentais chez moi parmi eux.

Cette première expérience étant concluante, je les ai revu plusieurs fois, j'ai sympathisé et je revois encore quelques uns en dehors des réunions officielles. On ne parle jamais de QI ou d'intelligence. On est comme des amis normaux qui ont des conversations normales, des disputes normales, que des choses normales. A part que tous, nous sommes conscients d'être différents. Ni inférieurs, ni suppérieurs par rapport aux autres, différents, c'est tout. On est un peu comme un cercle d'handicapés : différents des autres mais tellement semblables entre nous.

Depuis que je les côtoie, mes rapports avec les gens ont changé. Je sais maintenait ce qui fait que j'avais du mal à me sentir à l'aise, du coup j'ai modifié ma façon d'être. Certains de mes proches qui ont eu peur de me voir sombrer dans une quelconque forme d'élitisme eugéniste sont maintenant agréablement surpris que non seulement il n'en est rien mais que je semble moins renfermé, plus épanoui. Ah bon ? C'est toujours agréable de se laisser entendre des choses pareilles. Je connais mieux ma différence maintenant, notamment grâce au fait que j'en fréquente d'autres. Je sais que c'est un sujet qui peut froisser, en conséquence de quoi je me garde bien de l'afficher en public (surtout éviter de l'utiliser comme argument pour prouver qu'on a raison, même si l'envie surgit parfois). Ce silence forcé est sans doute une des raisons qui m'a poussé à ouvrir ce blog.

En conclusion, quelle que soit votre différence, pour vivre heureux, vivez cachés.

HQI138

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